Également appelé oxyde nitreux, le protoxyde d’azote, ou gaz hilarant, fait généralement parler de lui pour un usage récréatif et problématique, non contrôlé, chez les jeunes principalement.
Ici, il s’agit de toute autre chose, puisqu’une étude scientifique souligne son intérêt thérapeutique. Une méta-analyse menée par des chercheurs britanniques révèle que ce gaz pourrait être d’un grand recours pour les personnes souffrant de trouble dépressif majeur, et ceux pour qui les traitements habituels (antidépresseurs) n’ont pas fonctionné.
L’équipe a passé au peigne fin sept essais cliniques et quatre articles scientifiques. Chacun de ces papiers a examiné l’utilisation du protoxyde d’azote dans le traitement des troubles dépressifs, et notamment du trouble dépressif majeur et de la dépression résistante au traitement. Les résultats sont détaillés dans un article publié le 30 novembre 2025 dans la revue eBioMedicine (Source 1).
Des améliorations à court terme
L’équipe a constaté qu’un seul traitement par inhalation de protoxyde d’azote à une concentration de 50 % (dans trois essais) entraînait une réduction rapide et significative des symptômes dépressifs en 24 heures, bien que ces effets ne se maintiennent pas après une semaine. En revanche, des administrations répétées sur plusieurs semaines ont induit des améliorations plus durables, suggérant que plusieurs séances de traitement (par rapport à une dose unique) pourraient être nécessaires pour maintenir le bénéfice clinique.
Les scientifiques émettent l’hypothèse que le « proto » cible les récepteurs du glutamate, de manière semblable à la kétamine, un autre antidépresseur à action rapide, décrié cela dit de par ses effets secondaires.
« Nos analyses montrent que le protoxyde d’azote pourrait faire partie d’une nouvelle génération de traitements à action rapide contre la dépression. Surtout, elles constituent une base pour de futurs essais visant à étudier des stratégies d’administration répétées et soigneusement gérées, ce qui permettra de mieux déterminer comment utiliser ce traitement en pratique clinique chez les patients ne répondant pas aux interventions conventionnelles », a commenté Kiranpreet Gill, doctorante à l’Université de Birmingham et première auteure de l’étude, citée dans un communiqué (Source 2).
Des effets secondaires à court terme qui disparaissent rapidement
L’équipe a tâché de savoir si un tel traitement au protoxyde d’azote serait sans danger pour les patients. Certains ont rapporté des effets secondaires tels que nauséees, vertiges et maux de tête, mais ceux-ci ont disparu rapidement après l’inhalation, sans médicament. Il n’y avait pas a priori de problèmes de sécurité à court terme. Mais pour ce qui est du long terme, les scientifiques soulignent que des études ultérieures seront nécessaires, le protoxyde d’azote étant associé à des troubles neurologiques graves, à des complications vasculaires ou encore psychiatriques en cas de prise régulière et/ou en grande quantité, sans parler du risque d’addiction.
L’équipe de recherche prépare actuellement le premier essai clinique du service de santé britannique (NHS) pour évaluer si le protoxyde d’azote peut être administré de façon sûre comme traitement de la dépression majeure.

